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Les 4 principaux modèles économiques de l’IoT : de la connectivité aux résultats

Une rangée d’éoliennes se dresse dans un champ ouvert, bordée par une route, sous un ciel nuageux en début de matinée.

Pendant cinquante ans, l’équation de la fabrication était simple : Coût des biens vendus (COGS) + Marge = Prix. Vous fabriquiez le produit, le vendiez, puis passiez à autre chose. L’événement de revenu se produisait à un moment unique.

L’Internet des Objets (IoT) a bouleversé cette équation.

Dans la nouvelle économie de l’abonnement, la valeur d’un appareil n’est plus définie par ses composants physiques, mais par les services numériques qu’il fournit au fil du temps. Pour capter cette valeur, les fabricants doivent passer d’une logique transactionnelle (vente à l’unité) à une logique relationnelle (monétisation du cycle de vie).

En pratique, la plupart des dirigeants combinent 2 à 3 modèles à mesure qu’ils gagnent en maturité : démarrer avec un axe précis, valider la valeur, puis ajouter des couches de monétisation à mesure que le modèle opérationnel et la confiance dans les données s’améliorent.

Cette transition exige de choisir le bon modèle de monétisation. Ci-dessous, nous analysons les quatre principaux modèles économiques de l’IoT, de la simple connectivité aux garanties complexes basées sur les résultats, et la manière dont les leaders du secteur les déploient pour générer une croissance récurrente.

Ce que vous allez obtenir : une analyse pratique de chaque modèle — ce qui est vendu, la proposition de valeur, les leviers tarifaires, les coûts, les indicateurs clés (KPI), les risques — ainsi que l’architecture “thing‑to‑revenue” qui les rend possibles.

1. Le modèle de connectivité et de maintenance (Produit connecté + Abonnement)

« Le lien numérique »

C’est le point d’entrée pour la plupart des fabricants qui entament leur parcours de servicisation. Vous continuez à vendre l’actif en tant que dépense d’investissement ponctuelle (CapEx), mais vous y ajoutez un abonnement numérique récurrent qui accroît l’utilité du produit.

  • Ce qui est vendu : Le dispositif physique (propriété) + abonnement au service numérique (accès aux données/fonctionnalités).
  • Proposition de valeur : Surveillance à distance, alertes de maintenance prédictive, support proactif ou visibilité sur une flotte.
  • Pourquoi cela fonctionne : Il s’agit d’une évolution à faible risque. Cela ne nécessite pas de réingénierie du produit principal, mais instaure une relation numérique directe et permanente avec le client.
  • Principales sources de revenus : Marge sur le matériel, offres logicielles/services par paliers, options complémentaires, support/SLA
  • Leviers tarifaires : Paliers de fonctionnalités, nombre d’appareils, plafonds de données/stockage, niveaux de SLA, droits géographiques
  • Structure de coûts : Nomenclature, connectivité, cloud/télémétrie, support, sécurité/mises à jour OTA.
  • Indicateurs clés : Taux d’attachement aux appareils, ARR/ARPU, marge brute des services, attrition/rétention
  • Écueils : Valeur continue non démontrée → attrition ; pression sur la marge matérielle ; complexité des mises à niveau/droits d’accès

 

Cas concret : Konecranes

Konecranes, leader mondial du levage industriel, ne s’est pas contenté de vendre des grues ; ils ont choisi de les numériser. En dotant les équipements de capteurs, ils ont pu offrir à leurs clients des données en temps réel sur l’utilisation et la sécurité.

« Les données que nous fournissons apportent une valeur considérable à nos clients. Il nous restait à trouver le meilleur moyen de monétiser cette valeur. Zuora nous a aidés à passer à un modèle d’abonnement plus flexible. »

— Raheel Farhat, Directeur Digitalisation & Transformation, Konecranes 

  • Le changement : Passage de contrats de maintenance annuels rigides à des abonnements mensuels de données flexibles.
  • Résultat : Cette flexibilité a permis de faire évoluer avec succès leur offre de services connectés, entraînant une augmentation de 19 % des abonnés actifs.
  • Lire l’étude de cas : Comment Konecranes monétise les équipements connectés

2. Le modèle basé sur la consommation (Paiement à l’usage)

« L’approche utilitaire »

Ici, la logique tarifaire est inversée. Au lieu de facturer un forfait pour l’accès (temps), vous facturez la consommation réelle du service (volume). Cela aligne directement le coût sur la valeur obtenue et tend à devenir la norme pour l’IoT industriel.

  • Ce qui est vendu : Un service variable basé sur la mesure (gigaoctets, heures, cycles, transactions).
  • Proposition de valeur : Aligner le coût sur la valeur réellement perçue. Zéro gaspillage. Les clients ne paient jamais pour une « capacité dormante » ou inutilisée.
  • Exigence opérationnelle : « Gravité des données » : capter la télémétrie brute, nettoyer/aggréger, et la convertir en événements facturables ; choisir la bonne stratégie de mesure (prépayé, postpayé, seuil) et les workflows de contestation.
  • Principales sources de revenus : Frais indexés sur la consommation, minimums/engagements, dépassements, prélèvements prépayés
  • Leviers tarifaires : Unité de mesure, tarifs par paliers/volume, tarification saisonnière, planchers/plafonds, seuils
  • Indicateurs clés : Taux d’utilisation, marge unitaire, NRR, respect des SLA, DSO
  • Écueils : Volatilité de la demande, bruit/mésures litigieuses, risques de recouvrement
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Cas concret : réseaux à l’usage

Prenons l’exemple de Cambium Networks, fournisseur de solutions de haut débit sans fil. Ils ont adopté un modèle d’abonnement à l’usage pour gérer l’accès au CBRS (Citizens Broadband Radio Service). Cela leur permet d’automatiser la facturation de milliers d’appareils selon l’exploitation réelle du cloud, simplifiant ainsi la gestion de la conformité réglementaire et de l’accès au spectre pour les opérateurs de réseau.

Analyse stratégique approfondie : Définir le bon indicateur est crucial. Consultez notre guide sur Comment aborder les modèles tarifaires à la consommation pour l’IoT pour comparer les stratégies prépayées, postpayées et à seuil.

3. Matériel en tant que service (HaaS)

« Le Netflix des machines »

C’est le modèle « économie de l’abonnement » par excellence pour le matériel. Le fabricant conserve la propriété de l’actif physique. Le client paie un abonnement unique et récurrent qui couvre l’appareil, le logiciel, la maintenance ainsi que le renouvellement éventuel.

  • Ce qui est vendu : Offre groupée (appareil + logiciel + maintenance + renouvellement) pour un abonnement récurrent (OpEx).
  • Proposition de valeur : Transfert de risque. Le client évite un investissement initial important (CapEx) et le risque d’obsolescence technologique. Coût total de possession prévisible ; résultats liés au niveau de service.
  • Dimension durable : Parce que le fabricant reste propriétaire de l’actif, il est incité à concevoir des appareils durables et modulaires pouvant être reconditionnés et réutilisés — contribuant ainsi à l’économie circulaire.
  • Principales sources de revenus : Abonnements HaaS/DaaS récurrents, mises à niveau, contrats pluriannuels, offres premium
  • Leviers tarifaires : Packs de configuration, fréquence de renouvellement, niveaux de SLA, nombre de postes/appareils, options d’usage supplémentaires
  • Angle durable : La propriété par le fournisseur encourage la conception modulaire et durable, le reconditionnement et la réutilisation
  • Indicateurs clés : Retour sur investissement, taux d’utilisation du parc, attrition/renouvellements, marge à vie
  • Écueils :Complexité du financement d’actifs et de la gestion du cycle de vie ; logistique de récupération et de redéploiement

Cas concret : Acer

Acer a bouleversé le marché du PC en lançant un programme Device-as-a-Service (DaaS). Au lieu de vendre des ordinateurs portables, ils commercialisent de la « puissance de calcul ».

  • Le changement : Les clients s’abonnent à un ensemble de matériel, logiciels et services d’assistance.
  • Résultat : Ce modèle permet à Acer de passer du statut de simple fournisseur de matériel à celui de prestataire de services, offrant aux PME une agilité accrue et un parcours client 100 % digital. Cette transformation permet à Acer de tester rapidement de nouvelles offres et d’en recevoir un retour immédiat, approfondissant ainsi la relation client au-delà de la vente initiale.
  • Lire l’étude de cas : La transformation DaaS d’Acer

4. Tarification basée sur les résultats

« Le Saint Graal »

Il s’agit du modèle le plus avancé et le plus rentable. Vous cessez de facturer pour la chose (l’appareil) ou pour l’utilisation (la consommation) et commencez à facturer pour le résultat (le bénéfice métier).

  • Ce qui est vendu : Un résultat métier garanti (temps de disponibilité, économies d’énergie, air pur, débit).
  • Proposition de valeur : Alignement total : le fournisseur réussit uniquement lorsque le résultat du client est atteint.
  • Principales sources de revenus : Honoraires liés aux résultats, primes/pénalités de performance, SLA de disponibilité
  • Leviers tarifaires : Définition/mesure du résultat, reversements, niveaux de service, partage des économies
  • Exigence opérationnelle : Télémétrie avancée, attribution causale des résultats, contrats/SLA clairs, reconnaissance financière des revenus variables (ASC 606/IFRS 15).
  • Indicateurs clés : Respect des SLA, rendement des résultats vs référence, économie unitaire par résultat, NRR
  • Écueils : Litiges de mesure, risque d’attribution, complexité réglementaire/politique mondiale

Cas concret : Schneider Electric

Schneider Electric s’est transformé de fournisseur de matériel en partenaire de services numériques.

« Il s’agit de transformer l’expérience du client… Le système de facturation de Zuora aide Schneider à faire basculer une grande partie de son activité vers un modèle de revenus récurrents. »

— Cyril Perducat, EVP Digital Services and IoT, Schneider Electric 

La réalité hybride : combiner les modèles

Bien que ces quatre modèles soient distincts, les entreprises les plus performantes n’en choisissent que rarement un seul. Elles utilisent une stratégie hybride afin de maximiser la captation de revenus.

Selon le Rapport d’Impact des Abonnements IoT, les sociétés qui adoptent des modèles hybrides (matériel + abonnement + usage) surpassent systématiquement leurs concurrents, et voient leur chiffre d’affaires croître bien plus rapidement que les entreprises traditionnelles axées produit.

Un contrat client unique pourrait ressembler à ceci :

  1. Frais unique : 1 000 $ de frais d’activation (déploiement matériel).
  2. Frais récurrent : 50 $/mois (connectivité et accès au tableau de bord).
  3. Frais d’usage : 0,10 $ par cycle machine au-delà de 10 000 cycles (consommation).

Votre infrastructure est-elle prête ?

La mise en œuvre de ces modèles nécessite une pile technologique « Thing-to-Revenue ». Il faut ingérer les données des appareils, les transformer en événements facturables et automatiser les règles complexes de reconnaissance de revenus (ASC 606) liées à la combinaison de matériel et de services.

Ne laissez pas vos systèmes hérités freiner la transformation de votre entreprise.

Foire aux questions (FAQ)

Quelle est la différence entre HaaS et la location financière ?

La location financière est généralement un instrument financier géré par une banque tierce, centré uniquement sur le financement de l’actif. Le Hardware-as-a-Service (HaaS) correspond à une relation de service gérée par le fabricant, qui regroupe l’appareil, le logiciel, la maintenance et les mises à niveau dans un abonnement unique.

Quel modèle économique IoT est le mieux adapté aux équipements industriels à forte marge ?

La tarification basée sur les résultats génère généralement les marges les plus élevées pour les équipements industriels, car elle capte une part de la valeur créée (par exemple, la réduction des arrêts de production) plutôt que de se limiter au coût de la machine. Cependant, elle nécessite des capacités de télémétrie avancées pour prouver le résultat.

Puis-je passer à une tarification à la consommation si je possède un ERP hérité ?

Pas facilement. Les ERP historiques sont conçus pour des articles avec des prix fixes, pas pour des flux de données variables. Pour lancer une tarification à la consommation sans remplacer votre ERP, vous avez besoin d’un moteur de médiation pour nettoyer et agréger les données d’usage avant qu’elles n’atteignent la comptabilité.

Qu’est-ce que la « servicisation » dans l’industrie manufacturière ?

La servicisation est la transformation stratégique d’une organisation industrielle qui passe de la vente de produits physiques à la vente de services et de résultats. Elle est rendue possible par les données IoT, permettant aux entreprises de proposer la maintenance prédictive et des modèles HaaS.

Quel est le lien entre l’« économie circulaire » et les modèles économiques IoT ?

Les modèles d’abonnement et HaaS incitent les fabricants à concevoir des produits durables et réparables, car ils conservent la propriété de l’actif. Cela réduit les déchets et encourage le reconditionnement des appareils pour une seconde et une troisième vie, alignant ainsi rentabilité et durabilité.